L’IPO Cerebras, Un événement historique pour les marchés tech

La plus grande introduction en bourse technologique américaine depuis Uber en 2019 vient de se conclure. Le 14 mai 2026, Cerebras Systems a levé 5,55 milliards de dollars sur le Nasdaq en vendant 30 millions d’actions au prix de 185 dollars.

La demande des investisseurs institutionnels a excédé l’offre disponible d’un facteur supérieur à 20, selon Bloomberg. L’action a ouvert à 350 dollars, quasiment le double du prix d’IPO, et a atteint un pic intraday à 385 dollars avant de clôturer à 311,07 dollars.

Pour mesurer l’ampleur de l’événement : Uber avait levé 8 milliards en 2019, et la plus grande IPO tech depuis lors avait été celle de Snowflake en 2020 avec 3,9 milliards de dollars. En incluant l’automobile, Rivian avait levé 12 milliards en 2021. Cerebras s’impose donc comme la plus grande IPO purement technologique depuis sept ans.


Un chemin vers la bourse semé d’embûches

Il y a un an, cette journée semblait impossible. Cerebras avait déposé une première demande d’IPO en septembre 2024, aussitôt bloquée par le CFIUS (Comité américain sur les investissements étrangers) en raison d’un large investissement du groupe G42 d’Abu Dhabi, qui représentait alors la quasi-totalité du chiffre d’affaires de la société.

Les ambitions d’IPO ont repris en avril 2026, lorsque Cerebras a pu afficher un chiffre d’affaires 2025 d’environ 510 millions de dollars (en hausse de 76 % sur un an) et surtout une base clients diversifiée. La société a également enregistré un bénéfice net de 237,8 millions de dollars, contre une perte de près d’un demi-milliard l’année précédente.

Dans les semaines précédant l’IPO, Bloomberg a rapporté que SoftBank et Arm avaient toutes deux tenté d’acquérir Cerebras. La société a décliné ces approches. Signe que la trajectoire autonome en bourse était jugée plus créatrice de valeur.


La technologie : le pari radical du wafer-scale

Cerebras a conçu une architecture radicalement différente de celle de Nvidia. Là où le leader du GPU segmente ses puces en composants reliés entre eux, Cerebras produit un Wafer Scale Engine : une puce de la taille d’une assiette à dîner, gravée sur un seul wafer de silicium avec environ 4 000 milliards de transistors. L’architecture élimine les latences inter-GPU et excelle sur les tâches d’inférence — la phase où un modèle déjà entraîné répond en temps réel aux requêtes.

Cerebras revendique dans son prospectus S-1 des vitesses d’inférence jusqu’à 15 fois supérieures aux solutions GPU pour les modèles open-source courants, et jusqu’à 1 000 fois plus rapides sur certaines charges de travail spécifiques.

En décembre 2025, Nvidia a acquis pour 20 milliards de dollars les actifs de Groq — une startup aux puces architecturalement proches de Cerebras — et a annoncé le développement de produits basés sur cette technologie. Un geste qui, paradoxalement, a validé le positionnement de Cerebras aux yeux du marché.


Les financials : trajectoire convaincante, questions persistantes

En 2025, Cerebras a affiché 510 millions de dollars de revenus, en hausse de 76 % sur un an. À titre de comparaison, Nvidia a progressé de 65 % sur la même période — mais depuis une base 423 fois plus grande.

La société a enregistré une perte d’exploitation de 145,9 millions de dollars en 2025, principalement due à des dépenses de R&D représentant 48 % du chiffre d’affaires annuel. Le bénéfice net positif s’explique par un gain comptable lié à la variation de la juste valeur d’un passif sur contrat à terme — et non par la rentabilité opérationnelle.

Les risques identifiés par les analystes :

Environ 86 % du chiffre d’affaires 2025 de Cerebras provenait de deux clients liés aux Émirats arabes unis. Au cours de clôture du premier jour, l’action s’échangeait à plus de 130 fois le chiffre d’affaires annuel — bien au-delà des multiples de sociétés bien plus grandes et rentables comme Nvidia.

D’après les recherches académiques de Jay Ritter (Université de Floride), les nouvelles sociétés cotées sous-performent en moyenne leurs pairs de 3,6 % par an durant leurs cinq premières années en bourse, avec un écart encore plus marqué sur la première année.


Historique des grandes IPO technologiques américaines

AnnéeSociétéMontant levéFait marquant
2004Google (Alphabet)1,9 Md$Pionnier de l’ère internet moderne
2012Facebook (Meta)16 Md$Plus grande IPO tech de son époque, retour fulgurant après chute initiale
2014Alibaba25 Md$Record mondial à l’époque, +38 % le premier jour
2019Uber Technologies8,1 Md$Première grande IPO de la « gig economy »
2020Snowflake3,9 Md$+112 % le premier jour, doublement du prix à l’ouverture
2021Rivian Automotive12 Md$Pic de l’ère SPAC/EV, valorisation à 100 Md$ dès le J1
2022–2024Désert des IPOInflation, hausse des taux, effondrement des multiples growth
Mai 2026Cerebras Systems5,55 Md$Plus grande IPO tech US depuis 7 ans — +68 % le 1er jour

Ce que cette IPO annonce pour 2026

Il n’y a eu que 31 IPOs tech en 2025, contre 121 quatre ans auparavant. Le marché a connu une longue hibernation depuis la correction de 2022. CNBC

Le signal envoyé par la sursouscription à 20x est structurel : les investisseurs institutionnels sont prêts à payer des multiples élevés pour des acteurs d’infrastructure IA disposant d’une validation commerciale réelle — ici, les partenariats avec OpenAI et AWS jouent ce rôle.

Trois méga-IPOs sont attendues en 2026 : SpaceX (dont la fusion avec xAI en février a créé une entité massive), OpenAI et Anthropic. SpaceX et OpenAI à eux seuls devraient lever plus de 135 milliards de dollars combinés, selon les rapports publiés.