L’analyse de Soronext Gestion Privée – 4 novembre 2026
Les démocrates ont conquis la majorité au Sénat lors des élections de mi-mandat du 3 novembre et, selon les projections des grands médias américains, reprennent aussi la Chambre des représentants. Dans la nuit, les marchés ont tranché avant les derniers dépouillements : actions en baisse, dollar en repli, taux américains en recul. Pour un patrimoine investi en euros, ce scrutin redessine trois variables clés : le déficit américain, le dollar et la prime de risque des valeurs technologiques.
CE QUI S’EST PASSÉ
Les démocrates devaient gagner quatre sièges nets pour prendre le Sénat. Ils y sont parvenus dès la nuit de mardi à mercredi. Symbole du basculement, l’ancien gouverneur Roy Cooper a arraché le siège de Caroline du Nord, tenu jusqu’ici par les républicains. En Géorgie, Jon Ossoff est réélu.
À la Chambre, il ne manquait aux démocrates qu’une poignée de sièges. Les principales chaînes américaines leur attribuent la majorité, même si le décompte définitif prendra encore plusieurs jours dans certaines circonscriptions.
Le nouveau Congrès siégera en janvier 2027. Donald Trump conserve son droit de veto et ses décrets présidentiels. Mais il perd la maîtrise du budget, des grands textes fiscaux et des commissions d’enquête. Selon notre analyse, les deux dernières années du mandat s’ouvrent sous le signe de la cohabitation.
POURQUOI LES MARCHÉS ONT RÉAGI
La lecture des investisseurs a été immédiate. Un Congrès d’opposition, c’est moins de relance budgétaire. Charu Chanana, stratégiste en chef chez Saxo, résume : les marchés anticipent un score démocrate plus fort que prévu, qui réduit les espoirs de nouvelles mesures de soutien.
Moins de relance, c’est d’abord moins de déficit. D’où le recul des taux longs américains, qui restaient proches de 5 %. C’est ensuite moins de croissance attendue. D’où la baisse des actions, plus marquée sur le Nasdaq : les grandes valeurs technologiques concentrent les craintes d’un encadrement plus strict et portaient déjà des valorisations élevées.
Le dollar, lui, perd sur les deux tableaux : des taux plus bas le rendent moins rémunérateur, une croissance moins dynamique le rend moins attractif. L’euro en profite et repasse au-dessus de 1,12 dollar.
MISE EN PERSPECTIVE : UN CHOC POLITIQUE DANS UN MONDE DÉJÀ SOUS TENSION
Nous invitons à ne pas surinterpréter ces premières heures. Le scrutin était largement anticipé par les sondages et les marchés de prédiction. La correction nocturne reste modeste au regard du chemin parcouru par Wall Street.
Surtout, l’élection ne change pas le moteur principal des marchés depuis plusieurs mois : l’énergie. Le détroit d’Ormuz reste perturbé et le Brent évoluait encore autour de 110 dollars en début de semaine. Cette pression pèse sur l’inflation et maintient les banques centrales en alerte. La Fed a laissé ses taux inchangés le 28 octobre, mais deux de ses membres réclamaient déjà une hausse. La BCE a maintenu son taux de dépôt à 2,50 % le 29 octobre. La Banque d’Angleterre pourrait relever les siens dès ce jeudi.
En Europe, le contexte reste fragile. Le CAC 40 tient tout juste les 8 000 points. Le rendement de l’OAT à 10 ans évolue entre 4,9 % et 5 %, un niveau qui renchérit durablement le coût de la dette publique. Un dollar plus faible pénalise les exportateurs européens et réduit, une fois convertis en euros, les gains réalisés sur les actifs américains.
Le vrai changement est donc de moyen terme. Un Congrès divisé limite le risque de dérive budgétaire américaine. Il peut aussi rendre plus difficiles les négociations sur le financement de l’État fédéral et sur la politique commerciale. Selon notre analyse, la volatilité politique américaine va augmenter, mais la trajectoire de la dette américaine pourrait gagner en discipline.
LES ÉCHÉANCES QUE NOUS SURVEILLONS
- 5 novembre : décision de la Banque d’Angleterre, une hausse à 4 % étant attendue
- 6 novembre : rapport sur l’emploi américain d’octobre
- 10 novembre : inflation américaine (CPI) d’octobre
- Dans les prochains jours : décompte définitif à la Chambre des représentants
- 8 et 9 décembre : dernière réunion de l’année de la Réserve fédérale
- Décembre : réunion de politique monétaire de la BCE
- Janvier 2027 : installation du nouveau Congrès
NOS CONVICTIONS POUR LES PATRIMOINES PRIVÉS
Obligations. Le recul des taux américains confirme notre conviction : avec des rendements proches de 5 % aux États-Unis comme en France, le moment est favorable pour figer des rendements sur des maturités intermédiaires.
Actions. Nous restons investis mais diversifiés. La concentration des indices américains sur quelques grandes valeurs technologiques est le point de vulnérabilité de nombreux portefeuilles. Nous préférons un équilibre entre zones géographiques et entre secteurs, notamment au profit de secteurs défensifs comme la santé, en nette progression mardi à Paris.
Devises. La baisse du dollar est un risque discret mais réel pour un investisseur en euros.
Diversification et liquidités. L’or reste proche de 3 940 dollars l’once et joue son rôle d’amortisseur. Nous conservons une poche de liquidités rémunérées pour saisir les opportunités qu’offrent les phases de nervosité, plutôt que de les subir.
EN CONCLUSION
Les Américains ont voté pour un contre-pouvoir. Les marchés, eux, ont voté pour la prudence. Pour un patrimoine en euros, le message est clair : le risque n’est pas la politique de Washington, c’est la concentration. Un portefeuille diversifié par zones, par devises et par classes d’actifs n’a pas à choisir son camp.
Les équipes de Soronext accompagnent leurs clients dans l’analyse de l’exposition de leur patrimoine à ces évolutions.
Soronext Gestion Privée – Conseil en gestion de patrimoine
Cet article est fourni à titre d’information générale. Il ne constitue ni un conseil en investissement personnalisé, ni une recommandation d’achat ou de vente. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Données arrêtées au 4 novembre 2026.
Sources : Reuters, Forbes, PBS NewsHour, Euronews, Franceinfo, CBS News, The National, Business Recorder, Yahoo Finance, Investing.com, Boursorama, ABC Bourse, Trading Economics, Fortune, Réserve fédérale américaine, Financecalendar.

